Expositions

Arrêt sur Francis Bacon

L’effet Bacon

J’ai découvert Francis Bacon il y a presque 20 ans (déjà!) lors d’une grande retrospective au Centre Pompidou à Paris. Je me souviens qu’après, j’ai déambulé aux Halles avec une sensation plutôt désagréable. Vingt ans plus tard, je revois des oeuvres de Bacon au Centre Pompidou-Metz (expo Leiris) et elles me font toujours le même effet. Il semble que je ne sois pas la seule. Il suffit d’observer  l’expression des visiteurs.

En effet, sous les traits de l’artiste, les corps humains sont transformés, déformés, écorchés comme des bêtes dans un abattoir.  L’homme devient une bête monstrueuse, un animal agité, hurlant, souffrant, tout droit sorti d’un film d’horreur.

Pour mieux comprendre l’énigme Bacon, j’ai regardé un film qui retrace la vie et l’oeuvre de l’artiste. Né en 1909 en Irlande dans une famille de la bourgeoisie britannique, le  jeune Francis fuit rapidement ce milieu conservateur dans lequel il se sent mal et mène une vie mouvementée faite d’excès en tout genre entre Londres, Berlin, Paris. Il a vecu des relations passionnées, tumultueuses souvent destructrices avec divers amants. Tout ceci nous apporte quelques indices sur l’état psychique du peintre, sa fascination pour le morbide, la viande sanguinolente dans lequel il voit tout individu qui souffre.

Parmi les oeuvres exposées en ce moment au Centre Pompidou-Metz, il y a le portrait criant de vérité intérieure de Michel Leiris dont j’ai déjà parlé dans mon précédent article. Leiris était fasciné par Bacon qui savait selon lui, saisir l’animalité en nous. Il retrouve dans ses oeuvres ses propres pulsions évoqués dans ses livres. Donc, vous l’avez compris, tout ceci n’est donc pas très joyeux. Mais ce n’est pas fini…

Je me suis aussi arrêtée devant le terrifiant pape criant de Bacon, une version très personnelle du portrait du Pape Innocent X de Velasquez. Le Pape hurle bouche ouverte, il est assis sur son Saint-Siège, isolé dans une cage de verre tel un prisonnier que personne ne pourrait entendre.
Pour la petite histoire, le pape trouvait son portrait de Velasquez « trop vrai ». On peut se demander ce qu’il aurait pensé de celui là.

Un portrait de John Dyer, amant et muse de Bacon, a retenu aussi mon attention, mais cette fois ci, c’est de sa valeur marchande dont j’ai envie de parler. En février dernier, un portrait de John Dyer a été vendu chez Christie’s à Londres 51 millions d’euros!  En novembre dernier, un triptyque représentant 3 études de Lucien Freud (peintre, ami de Bacon et petit fils du maitre de la psychanalyse) a été vendu 140 millions de dollars, un record! Francis Bacon est aujourd’hui le peintre le plus cher du marché de l’art.
La valeur marchande de Bacon est un vrai sujet de société. Qu’est ce qui peut déclencher un tel engouement?
Michel Leiris nous apporte peut-être un début de réponse car il considérait Bacon et Picasso comme les plus grand portraitistes du XXème siècle.

(changement de dernière minute: Picasso vient de détrôner Bacon mardi dernier avec un tableau vendu 179 millions de dollars! http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2015/05/14/les-chiffres-vertigineux-du-marche-mondial-de-l-art-en-2014_4632429_4355770.html)

En conclusion, je dirais qu’on peut ressentir de la répulsion devant les oeuvres de Francis Bacon, on peut aussi être choqué par ses tarifs exorbitant, cependant, il reste un grand artiste du XXème siècle qui ne peut laisser indifférent.

Pour terminer, je vous donnerai juste un petit conseil si vous allez voir l’expo Leiris. Après un regard sur les oeuvres de Bacon, allez vous ressourcer devant la baigneuse de Miro en début d’exposition et repartir sur une note positive.

2 Comments

  1. 26 mai 2015 at 21 h 05 min — Répondre

    Je viens de découvrir 2 oeuvres de Bacon que je ne connaissais pas en visitant la Fondation Louis Vuitton à Paris : « Etude d’après le corps humain » et « Etude pour un portrait » (le 2nd ayant sans doute rapport avec le fameux portrait du pape dont tu parles). Les deux tableaux sont très différentes des corps « déformés, écorchés » dont tu parles, mais toujours aussi fascinants ! J’aime beaucoup.

    • 29 mai 2015 at 9 h 46 min — Répondre

      merci pour ce renseignement, il faut que je retourne à la fondation Vuitton pour les voir

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